Séminaire sur l’entrepreneuriat et l’entreprise sociale: Bilan de la situation

Le 5 juin 2015, un séminaire intitulé L’ENTREPRENEURIAT ET L’ENTREPRISE SOCIALE était donné par le TIESS (Territoires innovants en économie sociale et solidaire).

Mathieu Roy, agent de recherche, UQAM (et collaborateurs) nous a présenté les résultats d’une enquête auprès de quelques intervenants et d’une revue de littérature : L’ENTREPRENEURIAT ET L’ENTREPRISE SOCIALE. Discours, acteurs et enjeux.

Par la suite, différents intervenants ont apporté une information des plus intéressantes, chacun soulignant la vision et l’intérêt des entrepreneurs sociaux qu’ils ont côtoyés à l’intérieur d’un regroupement ou dans un autre contexte professionnel. Pour notre propos, nous nous concentrerons sur ces commentaires riches de sens, nous permettant ainsi de jeter un regard actuel sur la perception et le positionnement de l’économie sociale (ÉS) par les gens qui la vivent.

EN SYNTHÈSE :

Dès le début de la discussion, il apparait clair que les informations récupérées par les différents intervenants proviennent de personnes possédant une vision de l’ÉS qui leur est propre. L’entrepreneuriat social, même à l’intérieur d’un système de gouvernance collectif, nous est apparu des plus diversifiés. De plus, les valeurs de l’entrepreneur sont sociales, certes, mais ce vocable est très large. Selon notre propre étude, le profil entrepreneurial se retrouve chez les entrepreneurs d’entreprises d’économie sociale (marchandes) comme ailleurs. Ainsi, assez rapidement, on a émis ce commentaire : «On doit en venir à parler d’entreprise sociale plutôt que d’entrepreneurs sociaux.»

En somme, il faudra s’entendre sur une définition de l’entreprise d’économie sociale, même si celle-ci n’est pas immédiatement soutenue par un cadre légal. Fixer les caractéristiques de l’entreprise d’économie sociale nous aidera certainement à mieux cerner l’entrepreneur social dont la définition actuelle est beaucoup trop large et permet toutes sortes de dérives. L’entreprise d’économie sociale se définit par ses valeurs, mais ce sont ses objectifs et son mode de fonctionnement qui permettent à sa vision et à sa mission d’exister, de perdurer bien après la disparition de la vision de son leader ou fondateur. Le cadre légal doit servir à protéger sa pérennité et son ancrage dans son milieu.

Puisque nous en sommes à discuter de définitions, nous nous devons de mettre en lumière un élément important du langage courant : nous définissons souvent l’entreprise d’économie sociale en opposition à l’entreprise privée. En un certain sens, une OBNL est une entreprise privée en opposition aux entreprises publiques qui, elles, appartiennent à l’État. Voici la définition de l’entreprise privée donnée dans le Thésaurus de l’activité gouvernementale :

«Entreprise qui est la propriété d’un ou de plusieurs particuliers, lesquels ont investi les capitaux nécessaires à sa création. Note(s) : L’entreprise privée est indépendante des pouvoirs publics, car l’État n’y fait pas d’investissements. C’est d’ailleurs ce qui l’oppose à l’entreprise publique.»

Cependant, un OBNL n’est pas «…la propriété d’un ou de plusieurs particuliers…». Si l’OBNL n’est pas une entreprise privée ni publique, peut-on la qualifier d’entreprise collective? Attention : les entreprises collectives telle une coopérative à but lucratif sont aussi des entreprises collectives. La loi sur l’économie sociale (RLRQ c E-1.1.1) ne fait pas, à première vue, de distinction entre l’entreprise d’économie sociale à but lucratif ou non lucratif. Si vous désirez fouiller le dossier un peu plus profondément, la loi est facilement trouvable sur le web. Ce sujet est trop complexe pour en discuter ici et fera l’objet d’un autre billet.

S’il faut préciser et rendre claires les différences entre l’entreprise sociale sans but lucratif et l’entreprise à but lucratif, force est de constater que l’économie sociale est diverse. Peut-être devra-t-on alors distinguer l’entreprise d’économie sociale marchande d’une entreprise communautaire soutenue en bonne partie par des bénévoles ou d’un organisme caritatif ou sportif; leurs différences résidant dans leur autonomie financière et leur mode de financement. Ainsi, devra-t-on faire une distinction entre l’entreprise sociale et l’entreprise d’économie sociale? Les idées ne manquent pas.

Il ne faut surtout pas oublier que l’économie sociale, lorsque son modèle et son image seront clarifiés pour tous les intervenants, demeurera un milieu particulier. Chacun des modèles, avec toutes leurs variantes à but lucratif ou collectives, ont intrinsèquement émergé du milieu. Le modèle collectif correspond, qu’on le veuille ou non, à un profil de personnalité spécifique. Ainsi, tout le monde ne sera pas attiré par l’entreprise collective ou sociale. Une meilleure image comme une meilleure définition de ses buts et structures ne pourra, somme toute, qu’attirer de nouveaux joueurs.

Outre ces considérations liées aux affinités personnelles et aux différences de perception, le modèle de gouvernance de l’entreprise d’économie sociale semble poser problème pour certains nouveaux venus, plus jeunes. Cependant, comme il a été dit : «la structure ne protège pas de tous les dérapages». Cela est vrai dans tous les secteurs. Les problématiques de gouvernance, autant dans les entreprises à but lucratif qu’à but non lucratif, ne sont pas nouvelles, loin de là. Il y a de nombreux livres sur le sujet. Le conseil d’administration a un rôle à jouer, mais encore faut-il qu’il le joue.

Il faudra réfléchir à l’ensemble de ces préoccupations, de manière spécifique à l’entreprise d’économie sociale sans but lucratif, pour finalement en arriver à utiliser un langage commun pour tous les intervenants du milieu. Rien de mieux que de savoir ce que l’on veut offrir si on veut un jour en faire la promotion. Et si jamais le portrait ne nous plaît pas, nous saurons d’où nous partons et quelle direction il faut prendre.

Quoi qu’il en soit, prenons le temps de bien faire les choses. L’avenir est devant nous!

 

COMMENTAIRES des intervenants (Perception de l’ÉS)

Nous avons ici tenté de citer les nombreux commentaires et de les regrouper sous différentes appellations. Nous espérons avoir reproduit ces commentaires le plus fidèlement possible. Les commentaires entre parenthèses sont de notre cru. Vous nous pardonnerez aussi de ne pas nommer les nombreux intervenants.

En général :

  • Confusion de la notion d’ÉS en travaillant avec différents acteurs (jeunes, cegep, municipalités).
  • Enjeu de communication. Identification de comment et avec qui.
  • Les gens recherchent un réseautage, de l’accompagnement, un soutien financier.
  • Il existe une fracture entre le modèle économique mondial et la société.
  • L’individu cherche sa place en dehors des organisations – les valeurs de la morale.
  • Regroupement collectif : pas évident de s’entendre.

Chez les jeunes entrepreneurs :

  • L’entreprise collective les intéresse.
  • Leur approche tient de la logique du réseau.
  • Veulent entreprendre selon leurs valeurs.
  • Les implications légales et macroéconomiques, incluant les structures de gouvernance : ne sont pas dans l’esprit de l’entrepreneur. Ils ont besoin de souplesse pour être proactifs, s’adapter. Les autres aspects sont calqués sur l’ÉS.
  • La structure ne protège pas des dérapages.
  • Certains pensent pouvoir s’enrichir. Ils pensent à leur retraite : l’aspect collectif et la perte de contrôle nuisent à leur développement.
  • Ils observent que la prise de décision est moins rapide. On s’informe sur les coop et le tout paraît extrêmement rigide. On vit une illusion face au privé. (Voir plus bas.)
  • Ils Retiennent l’impact social au niveau de chaque besoin ou problématique.
  • Les moyens pour atteindre ses fins sont plus ou moins importants.
  • On ne raisonne pas en terme de pérenniser l’entreprise: on veut régler un problème immédiat, répondre à un besoin.
  • Perception de l’impact social : j’ai un impact social puisque je réponds à un besoin collectif et individuel, avec un retour à la communauté.

Ce que c’est!

  • Les entreprises collectives ont un taux de survie plus élevé que les autres types d’entreprises après 5 ans.
  • La forme juridique n’est pas déterminante dans le modèle de développement.
  • Le changement d’échelle n’est pas un problème.
  • Les gouvernements poussent l’économie sociale pour maintenir – soutenir un modèle économique qui ne fonctionne pas. Tout se fait sans questionner le modèle.
  • L’entrepreneur héros est partout : ÉS et économie privée. La première phase d’implantation est entrepreneuriale (leaders / héros) suivi d’une phase «gestionnaire». Les héros devront devenir ou s’entourer de managers sociaux. Toute entreprise (même si l’innovation est un processus permanent) se formalise avec le temps – phase gestion.
  • L’ÉS possède une autre logique économique; un concept de propriété collective.
  • Les entreprises collectives.
    • Elles sont ancrées localement dans leur milieu.
    • La présence du Conseil d’administration ne doit pas être une contrainte (Bien le choisir; vision, intérêts, compétences). Ce n’est pas une hiérarchie, mais une philosophie de gestion, un travail d’équipe. L’exécutif effectue son travail de manière autonome.
  • Il apparaît plus simple de démarrer «inc.» et de prendre une forme collective par la suite.
  • Pérennisation : dans tous les cas, c’est difficile! Pérenniser c’est : consommer, travailler, repenser l’économie.

Ce que ce n’est pas

  • Le privé (Voir la définition)
    • Le privé, c’est privé! L’entreprise a beau afficher et posséder des valeurs sociales ou environnementales, elle pourra être délocalisée et revendue à des intérêts totalement privés.
    • Le modèle hiérarchique privé n’est pas connu. Lorsque l’entreprise grossit avec Capital de risque, ou à l’arrivée d’actionnaires, il s’ensuit une importante perte de contrôle. On s’illusionne à ce sujet.
  • Quand c’est nouveau, c’est mieux! On ne prend pas le temps de s’approprier le système existant. – Comment rendre le vieux un peu nouveau?

Ce qu’il faut faire

  • On doit en venir à parler d’entreprise sociale plutôt que d’entrepreneurs sociaux.
  • Valoriser ce qui fonctionne bien. Comprendre ce qui fonctionne moins bien. Comprendre à quel niveau de besoin on répond.
  • Mettre de l’énergie pour se distinguer; comment se positionner.
  • Inciter les jeunes à l’entrepreneuriat social collectif
  • Effectuer un transfert de connaissances. Le directeur sortant accompagne longtemps le nouveau.
  • Porter attention à ne pas perdre ses repères sociaux et collectifs

Conclusion

  • Nous devons considérer l’arrivée d’une génération ayant un rapport différent au risque, à l’argent, à l’innovation. Ces acteurs possèdent une énergie phénoménale, sans position idéologique. Ils ont aussi un attrait pour l’argent à la retraite. Il faut les accueillir. On doit leur expliquer le modèle collectif, la perspective sociale; les jeunes peuvent le comprendre.
  • Renouveler l’image de l’entreprise collective.
  • Les nouveaux bailleurs de fonds ont un impact mondial.
  • Se maintenir et se renouveler au niveau fiscal, au niveau subventions et pour un accès au marché public privilégié.
  • Afficher une fermeté politique visant à maintenir l’intégrité de notre vision collective.
  • Promouvoir le transfert vers l’entreprise collective.

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